Amiante dans les gisements alluvionnaires – Protocole d’évaluation par le BRGM

par | Mai 22, 2025 | Géologie de l'Amiante, Réglementation Amiante Environnemental

Nous en parlions il y a peu ici, l’amiante environnemental, présent naturellement dans certaines roches, peut également être présent dans les gisements alluvionnaires, sources essentielles de matériaux pour l’exploitation de granulat.

Pour l’industrie minérale et les exploitants de carrière, la sécurité des salariés et des clients est la priorité. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) a ainsi développé en avril 2025, sur demande des autorités françaises, un protocole pour caractériser la présence d’amiante dans ces contextes géologiques complexes. Décryptage.

Protocole BRGM Carrières Alluvionnaires

En deux mots :

Les gisements alluvionnaires, dépôts de sédiments fluviatiles, sont hétérogènes, rendant l’évaluation du risque amiante complexe, car des roches amiantifères peuvent y être très minoritaires.

Le protocole de terrain du BRGM comprend :

  • l’analyse du contexte géologique amont,
  • l’étude du gisement (souvent une carrière),
  • une stratégie d’échantillonnage,
  • la constitution d’un échantillon de référence (environ 1000 kg pour analyser au moins 1000 galets de plus de 20 mm),
  • l’établissement d’un spectre pétrographique,
  • et le prélèvement d’échantillons-cibles pour analyse.

Ce processus exige rigueur (nombre et masse d’échantillons) et des géologues compétents, dont les qualifications peuvent s’inspirer de la norme NF P94-001. Des analyses de laboratoire réglementées complètent l’expertise de terrain.

Qu’est-ce qu’un gisement alluvionnaire ?

Un gisement alluvionnaire est une accumulation de sédiments (sables, graviers, galets) déposés par des cours d’eau ou des écoulements fluvio-glaciaires. Ces matériaux proviennent de l’érosion de massifs rocheux en amont. La nature des roches y est donc directement liée à la géologie du bassin-versant.

Ces gisements, souvent exploités en carrière pour l’exploitation de granulat, sont marqués par une grande hétérogénéité :

  • Granulométrique : des argiles fines aux gros galets.
  • Pétrographique : diversité des roches, surtout si le bassin-versant est étendu. On parle d’alluvions polygéniques.
  • Structurale : organisation interne complexe (terrasses, paléo-chenaux).
vues en coupe de gisements alluvionnaires (BRGM)
Vues en coupe de gisements alluvionnaires (BRGM)

La difficulté de l’évaluation du risque amiante

Évaluer la présence d’amiante dans une carrière alluvionnaire est plus ardu que dans une roche massive homogène. Les raisons sont :

  • Origine multiple et dilution : Les éléments rocheux contenant de l’amiante peuvent être très dilués (parfois <1%).
  • Hétérogénéité : Toutes les granulométries doivent être échantillonnées pour éviter les biais. L’amiante peut se lier à des types de roches spécifiques.
  • Accès et observation : L’architecture des dépôts est parfois difficile à saisir, notamment en cas d’exploitation sous eau.

Cette complexité, bien connue de l’industrie minérale travaillant sur ce type de gisement, impose une méthodologie d’investigation adaptée.

vues en coupe de gisements alluvionnaires (BRGM)
vues en coupe de gisements alluvionnaires (BRGM)

Le protocole de terrain du BRGM : les grands principes

Le protocole du BRGM vise à obtenir des échantillons représentatifs pour analyse en laboratoire. Il se décompose en plusieurs étapes :

  1. Analyse préalable du contexte géologique : Étude documentaire du bassin-versant pour identifier les formations potentiellement amiantifères en amont. Cette étape s’appuie sur les cartes géologiques et rapports existants.
  2. Étude géologique du gisement : Sur site, le géologue étudie la structure du gisement et les caractéristiques des matériaux. La compréhension du processus industriel d’exploitation de granulat est aussi nécessaire.
  3. Établissement de la stratégie d’échantillonnage : Définition du mode d’échantillonnage en fonction du gisement et du process industriel, en privilégiant les prélèvements en amont de la chaîne de traitement.
  4. Constitution et tamisage de l’échantillon de référence : Un échantillon global est constitué puis réduit pour obtenir un échantillon de référence. Il est ensuite tamisé pour séparer la fraction grossière (D≥20 mm) des fractions fines (D<20 mm).
  5. Établissement du spectre pétrographique (D≥20 mm) : Chaque élément de la fraction D≥20 mm est examiné pour déterminer sa nature pétrographique et classé selon sa susceptibilité à contenir de l’amiante. Les galets sont classés comme non amiantifères, amiantifères, ou suspectés de contenir de l’amiante.
  6. Prélèvement des échantillons-cibles : Parmi les éléments amiantifères ou suspectés, des échantillons-cibles sont sélectionnés pour analyse en laboratoire. La fraction fine (D<20 mm) fait aussi l’objet d’un sous-échantillon.
Logigramme de l'étude "Terrain" de l'amiante environnemental pour un gisement alluvionnaire (BRGM)
Logigramme de l’étude « Terrain » de l’amiante environnemental pour un gisement alluvionnaire (BRGM)

Contraintes d’application du protocole

La fiabilité des résultats dépend de plusieurs contraintes :

  • Nombre et quantité d’échantillons : Il est recommandé de caractériser au moins 1000 galets de la fraction D≥20 mm. Ceci nécessite un échantillon de référence d’environ 1000 kg, voire plus. Pour les fractions fines (D<20 mm), un sous-échantillon d’environ 30 kg est constitué. Les masses à mobiliser pour la recherche d’amiante sont souvent de 1 à 1,5 tonnes.
  • Compétences des géologues : L’identification pétrographique et la reconnaissance des minéraux exigent des compétences techniques spécifiques. La norme NF P94-001, bien que s’appliquant au repérage avant travaux dans les sols et roches en place et non à l’exploitation courante des carrières, précise les compétences et qualités requises pour les géologues réalisant des repérages amiante. Il est donc attendu que les géologues intervenant sur les gisements alluvionnaires justifient de compétences similaires. Une formation à la prévention des risques amiante est aussi requise.
Principe de réalisation de l'échantillon représentatif (BRGM)
Principe de réalisation de l’échantillon représentatif (BRGM)

Éléments complémentaires au protocole de terrain

Le protocole de terrain est une première phase, elle sera complétée par des analyses en laboratoire : Les échantillons-cibles (D≥20 mm) et le sous-échantillon des fines (D<20 mm) sont analysés par des laboratoires accrédités selon la réglementation (actuellement selon les principes de l’arrêté du 1er octobre 2019). Les techniques peuvent inclure MOLP, MEB, MET…

Le BRGM précise que des instructions ministérielles suivront pour compléter les préconisations concernant les analyses à mener. Le BRGM rappelle de plus que si le choix des échantillons est de la responsabilité du géologue, c’est au laboratoire accrédité que revient la responsabilité d’établir ou non la présence de fibres d’amiante et que ses conclusions ne peuvent être remises en cause.

Bureau GDA accompagne les carriers

L’évaluation du risque amiante dans les gisements alluvionnaires, cruciaux pour l’industrie minérale et l’exploitation de granulat en carrière, est un défi.

Le protocole de terrain du BRGM propose une méthodologie structurée, de l’analyse géologique à la sélection rigoureuse d’échantillons (environ 1000 kg pour 1000 galets D≥20 mm à caractériser).

Son application requiert des géologues qualifiés, dont les compétences peuvent s’aligner sur les exigences de normes telles que la NF P94-001.

Les analyses en laboratoire accrédité sont ensuite indispensables pour un diagnostic complet et fiable, assurant une meilleure prévention des risques.

Bureau GDA et ses géologues experts accompagne l’industrie minérale depuis de nombreuses années et met en œuvre dans les contextes alluvionnaires (sous conditions de travail SS4) les principes que ce protocole vient officialiser.

Diverses exploitations de gisements alluvionnaires (BRGM)
Diverses exploitations de gisements alluvionnaires (BRGM)

Le protocole est consultable sur le site du BRGM : https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-74450-FR.pdf

Un bureau géotechnique peut-il réaliser le repérage amiante environnemental de son propre projet ?

Non. L’article R4412-97-1 du Code du travail interdit à l’opérateur de repérage tout lien d’intérêts avec un intervenant de la même opération. Un géotechnicien qui réalise une mission G1 à G5 sur le projet ne peut donc pas en assurer le repérage.

Quelles entreprises sont concernées par cette incompatibilité ?

Toute structure participant à la conception ou à la réalisation des travaux : bureaux d’études géotechniques, maîtres d’œuvre, AMOA, entreprises de terrassement ou de tunnels, bureaux d’études risques naturels. Le critère n’est pas le métier, mais l’implication dans l’opération.

Comment sécuriser le repérage amiante environnemental d'une opération ?

En confiant le repérage à un bureau spécialisé et indépendant, qui n’intervient ni dans les études, ni dans la conception, ni dans les travaux. Le maître d’ouvrage obtient ainsi un repérage conforme et juridiquement solide.

Ce que dit l’article R4412-97-1 du Code du travail

L’article R4412-97-1 du Code du travail fixe une exigence d’indépendance stricte pour tout opérateur de repérage amiante :

L’opérateur de repérage dispose des qualifications et moyens nécessaires à l’exercice de cette mission précisés, pour chaque domaine d’activité, par les arrêtés mentionnés au II de l’article R. 4412-97. Il exerce sa mission en toute indépendance et ne peut avoir de lien d’intérêts de nature à nuire à son impartialité, notamment avec une personne physique ou morale intervenant dans le cadre de la même opération de travaux.

Cette disposition s’applique pleinement au repérage amiante environnemental, encadré par la norme NF P94-001 et les obligations réglementaires de repérage avant travaux (RAAT). Elle vise à garantir :

  • l’impartialité totale du repérage ;
  • l’absence de conflit d’intérêts ;
  • la fiabilité des conclusions transmises au maître d’ouvrage ;
  • la protection des entreprises intervenantes et des travailleurs.

Missions géotechniques G1 à G5 : pourquoi elles excluent le repérage amiante

Dans les opérations d’aménagement ou de terrassement, les bureaux d’études géotechniques comptent parmi les tout premiers acteurs de la conception d’un projet. Ils interviennent à chaque étape à travers les missions G1 à G5 :

  • Mission G1 : études géotechniques préalables ;
  • Mission G2 : études géotechniques de conception ;
  • Missions G3 et G4 : études et supervision géotechniques d’exécution ;
  • Mission G5 : diagnostic géotechnique.

Ces missions relèvent clairement de la conception ou de la réalisation du projet. Le bureau géotechnique qui les assure ne peut donc pas réaliser le repérage amiante environnemental avant travaux sur cette même opération : il s’agit d’une incompatibilité réglementaire.

Une position confirmée par la Direction Générale du Travail

Dans les autres domaines du repérage amiante avant travaux, la Direction Générale du Travail (DGT) a déjà été consultée à plusieurs reprises sur des questions d’indépendance. Sa position est constante : le repérage doit être réalisé par une entité indépendante de toute mission de conception ou de réalisation sur l’opération concernée.

La DGT sait que, dans la pratique, de nombreux bureaux d’études géotechniques réalisent eux-mêmes des repérages amiante environnemental sur des opérations où ils interviennent déjà. Cette situation s’est installée avec la montée en compétence progressive du secteur. Mais la rédaction de l’article R4412-97-1 ne laisse pas de place à une interprétation extensive : l’indépendance structurelle est requise.

Cette clarification vise à sécuriser les pratiques et à prévenir des incompatibilités qui pourraient fragiliser juridiquement les opérations.

Un principe qui dépasse la géotechnique

Il serait réducteur de penser que cette exigence ne touche que les bureaux d’études géotechniques. Toute entreprise participant à la conception ou à la réalisation des travaux d’une opération se trouve en situation d’incompatibilité si elle réalise elle-même le repérage amiante environnemental. C’est notamment le cas :

  • d’une entreprise de travaux de tunnel (creusement, soutènement, aménagement), y compris en conception-réalisation ;
  • d’une entreprise assurant une mission de Maîtrise d’Œuvre (MOE) ou d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMOA) ;
  • d’un bureau d’études chargé d’un dimensionnement lié à un autre risque, comme le risque rocheux.

Le critère n’est pas la nature du métier exercé, mais la participation à la conception ou à la réalisation des travaux.

Pourquoi l’indépendance du repérage est essentielle

L’amiante environnemental engage la responsabilité du maître d’ouvrage, la sécurité des entreprises de travaux, la protection des travailleurs exposés et la conformité réglementaire de toute l’opération.

Un opérateur lié économiquement ou contractuellement à la conception ou aux travaux pourrait se retrouver en conflit d’intérêts sur des points décisifs :

  • la densité des investigations ;
  • la qualification des matériaux, donc la présence ou non d’amiante ;
  • l’évaluation des volumes impactés ;
  • les prescriptions de gestion des terres et des déblais.

Dans ce contexte, l’indépendance de l’opérateur devient un facteur clé : elle garantit des conclusions objectives, ni excessives ni insuffisantes au regard du risque réel.

Bureau GDA, un partenaire indépendant au service des géotechniciens

Bureau GDA intervient exclusivement sur le repérage amiante environnemental. Nous ne participons ni aux études géotechniques, ni à la conception d’ouvrages, ni à la réalisation des travaux.

Cette spécialisation nous permet d’intervenir en toute indépendance.

  • en parfaite conformité avec l’article R4412-97-1 ;
  • avec l’objectivité et l’impartialité exigées par la réglementation ;
  • sans aucun risque de conflit d’intérêts ;
  • en appui sécurisé de nos partenaires géotechniciens.

Nos partenaires restent concentrés sur leur cœur de métier (missions géotechniques, MOE, AMOA) et s’appuient sur nos repérages géologiques et suivis de chantier pour le volet amiante. Vous êtes géotechnicien ? Découvrez comment devenir partenaire de Bureau GDA.

Ce qu’il faut retenir

  • Une entreprise impliquée dans la conception ou les travaux d’une opération ne peut pas en réaliser le repérage amiante environnemental (article R4412-97-1 du Code du travail).
  • Cette exigence d’indépendance rejoint la doctrine constante de la Direction Générale du Travail.
  • Faire appel à un bureau spécialisé et indépendant sécurise juridiquement le maître d’ouvrage et l’ensemble des intervenants.

L’article R4412-97-1 ne crée pas une contrainte de plus : il protège la fiabilité du repérage, et donc tous les acteurs du chantier. Géotechnicien, maître d’œuvre ou maître d’ouvrage, vous vous interrogez sur la conformité de votre organisation ? Nos géologues experts vous accompagnent en toute impartialité.

Besoin d’un accompagnement personnalisé ?

Vous êtes un professionnel du BTP, de l’immobilier ou gérez de grands projets ? Nous proposons des solutions adaptées à vos besoins.